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  • Photo du rédacteurSimon Bélair

Acupuncture du fascia thoracolombaire : une démonstration in vivo sous ultrasons


La première édition du Fascia Anatomy Summer School, organisée par le département d’anatomie et de biologie cellulaire de l’université McGill à Montréal, s’est tenue du 17 au 21 juillet 2023. Cette semaine d’étude visait à présenter les dernières recherches portant sur l’anatomie et la fonction des fascias ainsi que les perspectives thérapeutiques qui en découlent. Les organisateurs du séminaire, soit Gabriel Venne, D.O., M. Sc., Ph. D, professeur associé et directeur de la division anatomique des sciences à McGill, et Carla Stecco, M. D., département des neurosciences, Université de Padoue en Italie, assuraient les ateliers de dissection anatomique.


Le panel de chercheurs chargés de présenter la partie théorique était composé de chirurgiens, anatomistes, biologistes et ingénieurs. Notre groupe d’étudiants comptait quant à lui des médecins, ostéopathes, acupuncteurs, physiothérapeutes et professionnels du mouvement. L’ensemble de la programmation exposait ainsi différentes perspectives de l’étude des fascias : dissection, recherche, embryologie, évolution des espèces, échographie, histologie, biomécanique et ateliers pratiques.


Grâce à ses différentes techniques d’aiguilles, l’acupuncture a un impact mécanique direct sur le fascia superficiel et profond.

Lors de cette semaine d’étude, notre équipe d’acupuncteurs a eu l’incroyable chance de mener une puncture assistée par ultrasons au niveau du fascia thoracolombaire. La réaction du groupe de chercheurs présents à cette démonstration fut extrêmement prometteuse : grâce à ses différentes techniques d’aiguilles, l’acupuncture a un impact mécanique direct sur le fascia superficiel et profond. Cette démonstration représente une première étape décisive dans la recherche sur l’acupuncture des fascias et annonce de nouvelles hypothèses de travail en proposant des applications thérapeutiques prometteuses.




Les fascias en 2023 : état des lieux


La recherche sur les fascias a connu un véritable essor depuis les cinq dernières années. Actuellement, elle vise surtout à préciser la nomenclature sur le sujet et à établir des différenciations histologiques, anatomiques et fonctionnelles des différentes couches fasciales. L’objectif : permettre des interventions thérapeutiques ciblées et adaptées [1]. Le système fascial assure le support structurel, la charge tensionnelle et la mobilité de ses interfaces avec, comme premier principe thérapeutique, celui du glissement et de la préservation de la viscoélasticité.


Ce réseau de tissus conjonctifs s’organise en plusieurs étages réunis en trois couches principales : superficielle, profonde et viscérale. Chaque couche possède une composition et une fonction bien précise et démontre des propriétés distinctes [2].



Précision thérapeutique


Il existe une correspondance presque parfaite entre les approches thérapeutiques du fascia et de l'acupuncture.

On remarque que le concept de continuité fasciale est mis en évidence par le biais des plans fasciaux, qui assurent la communication et la coordination de leurs différentes composantes. Ces plans fasciaux regroupent ainsi différents tissus mous (muscles, tendons, ligaments, aponévroses, etc.) et leur permettent de se coordonner, et de se répartir les charges mécaniques et les informations proprioceptives. Il s’agit d’un système capable d’adaptation mécanique non linéaire fonctionnant de manière décentralisée, possédant une certaine mémoire plastique et dont la principale orientation thérapeutique vise l’absence de restriction, le glissement et la libre circulation.


D’autres approches, comme le traitement distal ou périphérique, gagnent en importance. Ces perspectives de traitement permettent de déterminer l’origine des dysfonctions biomécaniques et d’évaluer les mécanismes compensatoires impliqués dans la pathologie.



Plans fasciaux et méridiens


Si la stagnation est la principale dysfonction visée par ce type de stratégies thérapeutiques, ces dernières ne sont pas sans rappeler celles impliquées dans les traitements d’acupuncture; le système des méridiens permettant une cartographie du système myofascial et une organisation des vecteurs de force périphériques et distaux [3].


Il existe effectivement une correspondance presque parfaite entre les approches thérapeutiques du fascia et de l’acupuncture [4]. Cette correspondance repose probablement sur le fait que le réseau des points d’acupuncture et des méridiens peut être considéré comme une représentation du réseau formé par le tissu conjonctif interstitiel [5].


En effet, les méridiens trouvent leur réalité anatomique dans les plans fasciaux, et leur stimulation entraîne une activité du tissu appelée « Qi » capable d’agir sur tous les aspects de la physiologie. Ses effets semblent en mesure de se propager jusqu’au niveau cellulaire par le biais d’un phénomène appelé mécanotransduction [6].


Un modèle combinant la plasticité du tissu conjonctif et la modulation sensorielle périphérique en réponse à l'étirement soutenu des tissus résultant de la manipulation de l'aiguille d'acupuncture.

Comme le démontre l’intervention par acupuncture présentée sous ultrasons lors de cette semaine d’étude, non seulement l’acupuncture semble interagir directement avec les fascias superficiels et profonds, mais elle permettrait, grâce à ses diverses techniques, d’en influencer la configuration et le comportement. Ce mécanisme d’action repose en effet sur la plasticité du tissu conjonctif et la modulation sensorielle périphérique en réponse à l’étirement soutenu du tissu résultant de la manipulation de l’aiguille d’acupuncture [7].



La carte n’est pas le territoire


Grâce à son système d’organisation biomécanique et physiologique, le cadre théorique de l’acupuncture pourrait se révéler d’une importance déterminante dans la compréhension de l’organisation et du fonctionnement des fascias [8].


Se pourrait-il que le système des méridiens nous permette de pousser plus loin notre compréhension de l’organisation des différentes composantes du système fascial? Est-ce qu’au-delà des « lignes d’énergies » se trouverait une réelle correspondance anatomique?


La recherche sur les fascias tente maintenant de comprendre l’organisation de leurs structures et les mécanismes sous-jacents de leurs interfaces. Si le réseau des fascias repreésente effectivement le support matériel des méridiens, cela implique d'importantes implications cliniques et de recherches [9]. Il est plus que jamais important de constater que le système de méridiens d’acupuncture n’est pas seulement une carte sans correspondances matérielles, mais bien un répertoire et un système de classification anatomique riche et complexe permettant de déchiffrer l’organisation des territoires du corps humain.


Current fascia research endeavors to understand the structural organization and mechanisms underlying their interfaces. If the fascia network of the body is indeed the physical substrate of the meridians, there are important clinical and research implications [9]. Now more than ever it is important to recognize that acupuncture’s meridian system is not simply a map without material correspondence, but rather a rich and complex anatomical repertoire and classification system for deciphering the territories of the human body.


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References


[1] Schleip, R., G. Hedley and C.A. Yucesoy. “Fascial nomenclature: Update on related consensus process.” Clin Anat. 2019 Oct;32(7):929-933. doi: 10.1002/ca.23423. Epub 2019 Jun 27. PMID: 31183880; PMCID: PMC6852276.

[2] Stecco, Carla. Functional Atlas of the Human Fascial System. Elsevier Canada, 2015.

[3] Dorsher, Peter T. “Myofascial meridians as anatomical evidence of acupuncture channels.” Medical Acupuncture, 21, 2009: 91-97.

[4] Oschman, James L. “Fascia as a body-wide communication system.” In: Findley T, Schleip R, Huijing P, Chaitow L, eds. Fascia: The Tensional Network of the Human Body. Elsevier Canada; 2012: 103-110.

[5] Langevin, Helene M. and Jason A Yandow. “Relationship of acupuncture points and meridians to connective tissue planes.” The Anatomical Record, 269, 2002: n. pag.

[6] Finando, S. and D. Finando. “Qi, acupuncture, and the fascia: a reconsideration of the fundamental principles of acupuncture.” The Journal of Alternative and Complementary Medicine, 2012 Sep;18(9):880-6. doi: 10.1089/acm.2011.0599. Epub 2012 Aug 8. PMID: 22874011.

[7] Langevin, Helene M. “Acupuncture, connective tissue, and peripheral sensory modulation.” Crit Rev Eukaryot Gene Expr, 2014;24(3):249-53. doi: 10.1615/critreveukaryotgeneexpr.2014008284. PMID: 25072149.

[8] Marcelli, Stefano. “Gross Anatomy and Acupuncture: A Comparative Approach to Reappraise the Meridian System.” Medical Acupuncture, 25, 2013: 5-22.

[9] Yu Bai, Jun Wang, Jin-peng Wu, Jing-xing Dai, Ou Sha, David Tai Wai Yew, Lin Yuan,and Qiu-ni Liang. “Review of Evidence Suggesting That the Fascia Network Could Be the Anatomical Basis for Acupoints and Meridians in the Human Body.” Hindawi Publishing Corporation Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine Volume 2011, Article ID 260510, 6 pages doi:10.1155/2011/260510


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